jeudi 22 septembre 2011

Strabic 3 ème saison: l'imaginaire technologique

La revue en ligne de design Strabic, à l'occasion de sa troisième saison, propose un dossier sur l'imaginaire technologique auquel je participerai dans les jours à venir en publiant en article sur la thématique du cyborg...

Strabic?

Strabic, une revue Haute Qualité Éditoriale sur le design. Un espace inédit où croiser les regards et engager une transversalité qui fait sens, où questionner l’identité des différentes disciplines des arts appliqués, où déserter les lieux communs liés à la “déco” ou la “conso”, où rencontrer les ouvriers du monde contemporain, où penser les diverses pratiques de conception d’hier et d’aujourd’hui, où explorer les zones d’ombre de ce design qui n’a pas de nom, où s’immerger dans une théorie en train de s’écrire, et célébrer l’âge du faire.

Tous les mois ou presque, Strabic interroge une problématique actuelle le temps d’une saison. Plus qu’un simple “dossier spécial” qui arriverait comme un seul bloc, une saison prend en compte le mode de lecture des internautes et se construit en continu. Jour après jour, la revue s’enrichit de différents articles de fond, de critiques de livres ou d’expositions, d’entretiens, de portraits, de photos ou de vidéos. Et toutes ces contributions de s’agréger progressivement pour assouvir notre désir premier : être toujours plus exotique qu’exhaustif !

Dans cette perspective, notre projet est aussi visuel. Strabic collabore régulièrement avec des graphistes des illustrateurs et des artistes produisant des images dédiées et notre interface extrêmement épurée a pour ambition de laisser libre cours à la circulation des idées.
source: http://www.strabic.fr/-a-propos-.html

mercredi 20 juillet 2011

_trajets de Bérénice Belpaire : « Si vous voulez le voir, il faudra le faire : entrez dans l’image »

Le projet _trajets est une idée originale de Bérénice Belpaire et Clément Charmet. Les artistes proposent aux internautes de participer de manière inédite à la création d’un film collaboratif à partir d’un scénario écrit à l’avance. Le film devrait raconter une histoire d’amour sur fond de road movie poétique. En attendant le téléchargement des vidéos qui composeront le film, l’internaute peut avoir accès à sa bande son :
« Hier il est repartit, pour toujours cette fois. Dans la solitude de ce matin d’été j’ai décidé d’écrire ce voyage que nous ne ferons jamais (… )»
Ainsi commence l’histoire, le voyage, l’expérience _trajets.



La conception, le scénario et le story-board ont été réalisés par Bérénice Belpaire ; le développement et l’ingénierie par Estelle Senay et Marvin Balungidi, la conception du design sonore par Jan Deweille.

Bérénice Belpaire, qui est au centre du projet, est diplômée en arts appliqués, en cinéma d’animation, en cinéma-arts du spectacle et en conception multimédia. Elle a travaillé à l’élaboration de films d’animations comme Le Château des Singes et l’Île de Black Mòr. Elle développe à partir de 1999 sa propre écriture au travers de projets en rapport avec la narration et les nouveaux outils de communication. Elle adapte alors le conte de fée les six cygnes, en 2008, sous la forme d’un site en ligne et d’un court métrage diffusé au festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier. Elle est membre du Collectif Pandora’s Box depuis 2004, site de travaux artistiques en lien avec les nouvelles formes de communication et lieu de rencontres avec des plasticiens.



Son dernier projet en date est _trajet, il met l’internaute au cœur de la conception d’une œuvre originale, à la réalisation de laquelle il peut lui même collaborer. Pour devenir cinéaste, il suffit de s’inscrire sur le site : http://www.trajets-lefilm.com/. L’expérience s’adresse à tous, que vous soyez néophytes ou professionnels. Une fois votre pseudonyme et votre mot de passe créés, vous avez accès au story-board du scénario dans votre espace personnel de travail. Des scènes du film vous sont alors proposées de manière aléatoire. Le film ne se construit pas dans l’ordre chronologique, mais au fur et à mesure des choix de tournage effectués par les participants.


Le story-board est réalisé de manière très efficace : les informations y sont claires et concises. Elles sont suffisamment précises pour que le film soit cohérent, tout en laissant assez de marge pour que chaque réalisateur puisse donner libre cours à son imagination et à sa personnalité. L’espace personnel de travail propose une bibliothèque de travail et de téléchargement, un espace de gestion des vidéos en cours, un accès à l'ensemble de la base de données du film (story-board et vidéos réalisées). Toutes les techniques de mise en image peuvent être utilisées : vidéo, animation 2D et 3D. Les vidéos doivent être réalisées en mp4, AVI ou MOV et être produites au format 16:9 selon les indications de tournage fournies dans le scénario. Les vidéos peuvent être visionnées par tous, taggées et commentées. Chaque participant peut aussi créer son montage personnel du film par marquage en favori et diffuser sa participation sur ses espaces Web personnels : blogues, facebook, etc. Le site devrait être développé sous peu afin de s’adapter aux téléphones mobiles et d’intégrer de nouvelles fonctionnalités de communication entre les participants.


_trajets est une façon ludique de tourner ou produire simplement des images tout en participant à la construction d'une œuvre collective.
_trajets nous donnera peut-être l'occasion de créer de nouvelles façons de nous regarder sur Internet... [1]

_trajets est un véritable Work in progress multimédia. En plus du site Internet principal qui présente le projet et donne accès à l’espace personnel de travail, Bérénice Belpaire alimente un blogue qui permet de suivre l’actualité du film. L’artiste organise aussi des ateliers. Le premier a eu lieu du 23 au 25 juin dernier dans le cadre du festival OPEN, Théâtre Paris-Villette. Les premières scènes du film ont été tournées à cette occasion avec le public et ont donné lieu à des performances en direct. Car, en plus d’être réalisateur, vous pouvez devenir acteur dans ce récit fluctuant aux facettes multiples._trajets propose ainsi une expérience qui peut s’étendre hors de l’espace strict du wWb pour devenir l’objet d’une rencontre vivante dans le cadre de festivals (d’autres ateliers sont à venir), mêlant performance théâtrale, cinéma et Web.

Dans ses œuvres, Bérénice Belpaire propose une réflexion très pertinente sur le potentiel créatif des médias numériques.

Quel usage fait-on des nouvelles technologies de la communication ? Souvent compulsif et narcissique. Un dispositif inverse ces pratiques, en les intégrant dans une histoire qui se construit à partir des éléments de chacun pour raconter l’histoire de tout le monde. Que l’on y participe de chez soi, dans le cadre d’un workshop ou bien en version scénique, il s’agit d’interpréter collectivement une histoire commune - la rupture amoureuse - et de construire son regard possiblement impliqué en tant qu’acteur et réalisateur d’un film. Gageons que fabriqué à plusieurs et ouvert à l’interprétation de chacun, le récit gardera sa cohérence, se déployant en une multitude de points de vue. [2]

_trajets promet à la fois un film fragmentaire et continu, une histoire singulière aux visions multiples, une esthétique hybride et universelle.

[1] source : http://www.trajets-lefilm.com/infos.php


mardi 12 juillet 2011

9e congrès international sur l'étude des rapports entre texte et image, L’imaginaire / The Imaginary (UQAM)

Le 22 août 2011 aura lieu le 9e congrès international sur l'étude des rapports entre texte et image, L’imaginaire / The Imaginary, à l'Université du Québec à Montréal.


Je participerai à la séance Esthétiques numériques, organisée par Bertrand Gervais:
Les œuvres numériques apparaissent comme des formes hybrides, instables et, parfois même, éphémères. La littérature électronique, la poésie générative, les textes numériques, le net art et les expérimentations hypermédiatiques présentes dans le cyberespace représentent un ensemble hétérogène d’œuvres où se réunissent textes, images, séquences vidéos, animations numériques et processus algorithmiques, et elles participent tout autant de la littérature que de l’art, du cinéma, de la vidéo et du théâtre. Une des particularités de ces créations est que les textes qui le constituent sont initialement perçus comme des images, des métaphores animées, voire des figures de l’écrit et du texte. Les textes et les documents deviennent leur propre figure; ils se lisent, mais surtout ils se donnent en spectacle. Or ces figures se déploient dans de nombreuses directions, qui accentuent tantôt leur aspect graphique ou leur complexité, tantôt leur fluidité, leur caractère nécessairement changeant. Des questions, que l’on croyait réglées, se posent à nouveau : quel est le statut de ces textes et de ces documents, quelle valeur accorder aux écrits que le numérique rend instables, quels régimes de représentation marquent l’époque contemporaine, etc. ?
Ma communication s'intitulera: L’hybridation médiatique du livre : 
Du cyborg au robot littéraire

Cette communication se propose de décrire les procédés d’hybridation médiatique des textes littéraires grâce à deux métaphores directrices : le cyborg et le robot. Ces deux entités seront considérées comme des figures permettant de décoder notre culture et plus particulièrement de penser un pan de la littérature de l’extrême contemporain.


Les textes qui feront l’objet de notre réflexion se font en effet cyborgs : corps hybrides, mi-organiques, mi-machiniques. Des romans comme Le décodeur de Guy Tournaye (que l’on considèrera comme un hypertexte-papier) et P.A. de Renaud Camus (oscillant entre livre et site Web) sont des objets littéraires à la croisée de plusieurs pratiques médiatiques. Ils procèdent de ce que Katerine Hayles dans Writing Machines appelle « cyborganization » :
« Transforming human subject into hybrid entities that cannot be thought without the digital inscription apparatus that produces them » (Hayles, 2002 : 49). Ces romans sont des cyborgs, métaphoriquement comme matériellement, par l’hybridation dont ils procèdent et par la cyberculture à laquelle ils appartiennent.


En contrepoint de ces œuvres littéraires que l’on pourrait qualifier 
d’« augmentées », nous trouvons au sein du medium numérique plusieurs exemples de représentation (de figuration) du livre, que nous qualifierons de livre-robot : des œuvres numériques, technologiques qui tâchent d’imiter le livre, comme le robot est construit à l’image de l’homme. Nous nous pencherons alors sur deux exemples en particulier : le site 
http://fr.calameo.com/ et Inside : a Journal of Dream d’Andy Campbell (http://www.dreamingmethods.com/inside/).
Ultimement nous nous interrogerons sur l’impact de ces métaphores du cyborg et du robot qui permettent à la fois de comprendre et de décrire précisément les procédés d’hybridation médiatique en jeu ici et de réfléchir à la problématique si prégnante de la matérialité, du corps (que celui-ci soit composé de chaire ou de papier) à un moment charnière de l’évolution technologique et médiatique.

mercredi 13 avril 2011

Pour un livre hybride (quatrième partie) : Le livre «Point Deux» : un Ipod de papier ?

Le 14 avril prochain, Emmanuelle Vial, responsable aux éditions du Seuil du secteur poche (la collection « Points») lancera en France « Point Deux », une nouvelle collection de livres au format tout à fait particulier. D’abord édité aux Pays-Bas en septembre 2009 et produit depuis peu en Espagne (au Royaume-Uni et aux Etats-Unis plus tard en 2011), un nouveau genre de mini-livre nous sera proposé. Son format est inédit : 8 cm par 12 cm, la moitié d’un livre de poche. Compact et léger, le texte y est imprimé sur du papier Bible opacifié. Ce livre qui loge dans nos poches a surtout la particularité de s’ouvrir avec la tranche en haut, un peu comme un calendrier. Les pages se lisent alors de la page du haut à la page du bas. Jouant de sa maniabilité, il s’agit pour « Point Deux» de prendre le livre de poche au pied de la lettre et de séduire un public majoritairement urbain, qui aime lire dans les transports en commun par exemple.

« Point Deux » prévoit de publier des livres pratiques et de la littérature. La maison d’édition est propriétaires des droits d'exploitation de ses titres pendant deux ans et demi. Les neuf premiers qui seront mis en vente sont :


• Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer
• Tout est sous contrôle de Hugh Laurie
• Ce cher Dexter de Jeff Lindsay
• La Route de Cormac McCarthy
• Chronique de la haine ordinaire de Pierre Desproges
• Le Poète de Michael Connelly
• Des Vents Contraires d'Olivier Adam
• La Cinquième Femme de Henning Mankell
• Le Sens du Bonheur de Krishnamurti

Et dès mai-juin 2011, devraient s’ajouter entre autres :
Du côté de chez Swann de Marcel Proust, Les Visages de Jesse Kellerman, Les Chutes de Joyce Carol Oates, Patience dans l'azur de Hubert Reeves, et même Le nouveau testament. Les titres phares des éditions du Seuil se retrouvent ici.

Ce nouveau format possède des avantages : sa taille donc, mais aussi son sens de lecture qui s’avère assez confortable (même s’il ne l’est pas plus que nos livres habituels), ainsi que sa solidité. Toutefois le papier est si fin qu’il faut tourner les pages avec précaution. Autre point négatif, ces livres coûtent entre 9 et 14 euros, ce qui semble plutôt onéreux pour un si petit objet.


Pour mieux aborder cette « Révolution » éditoriale, il est intéressant de se pencher sur le site de la collection, dont voici une capture d'écran de la page d’accueil :



« Point Deux » propose donc à la fois le plus portable des livres et la révolution de son objet même. On ne le sait que trop, le contemporain aime les révolutions, celles-ci ont lieux constamment et en toutes occasions. Si l’on en croit les médias, nous vivons en permanence des changements majeurs et absolus ! Inutile de reprendre une énième fois la définition du dictionnaire du mot révolution pour juger du caractère peu bouleversant des livres présentés ici. Sinon un design intéressant par la perte de quelques centimètres et un sens de lecture modifié de 90 degrés, rien n’est fondamentalement révolutionnaire dans ces mini-livres.


Par contre, le paratexte éditorial qui entoure cet « événement » est tout à fait fascinant. Les éditions « Point Deux » veulent créer des livres à la mode et lient dès la page d’accueil leurs ouvrages avec le très populaire Dr House (Hugues Laurie). Au-delà de ce coté people, c’est un livre résolument inspiré par les nouveaux médias et qui serait capable de les concurrencer qui nous est offert. Ainsi, le nom de cette nouvelle collection fait référence à la culture Web. Après le Web 2.0, le livre « .2 » : une version améliorée du livre, le plus récent stade de son évolution. Si beaucoup d’éditeurs en ligne restent encrés dans la culture du livre, « Point deux » cherche à faire entrer le livre dans la cyberculture. Cette démarche est flagrante dans le petit clip vidéo de présentation :


La référence aux publicités Apple est explicite.



Même style de musique, de voix-off, même présentation sur fond blanc par quelqu’un dont on ne voit que les mains, même rythme, mais aussi même vocabulaire. Un champ lexical propre aux nouveaux médias est employé dans la vidéo de « Point Deux » : « revenir en arrière » « zoomer », « mettre en pause », « partager avec un ami ». Autant d’actions qui s’avèrent possible avec un livre et ne sont pas propres aux nouveaux supports de textes électroniques. e mot « application » notamment est présent dans les deux vidéos. Ce qui est mis en scène ici c’est la lutte du livre imprimé contre le monde électronique (que le sens dans lequel les pages sont tourné soit modifié e ne change rien, ce procédé étant plutôt de l’ordre du gadget). La parodie des publicités Apple est amusante quand bien même cette alternative au livre numérique semble limitée.


Si les Vooks ou Calaméo proposaient des formats numériques calqués sur la culture du livre, « Point Deux » présente une relation inverse : le livre au cœur de la culture numérique, influencée par ses modèles, ses modes de fonctionnement. Cependant nous avons bel et bien affaire à des livres : des pages de papier reliées. Les livres de « Point Deux » se veulent à la croisée des cultures entre influence de la cyberculture et résistance de l’imprimé face aux nouveaux médias. Le dossier de presse l’énonce clairement. « Point Deux » est une alternative de résistance pour le livre, une version améliorée, peut être même sa condition de survie ! Les adjectifs mélioratif foisonnent, nous avons affaire à un « Format inédit », « un sens de lecture révolutionnaire », « une reliure innovante », au « plus portable des livres ». Emmanuelle Vial ne lésine pas :

C’est une aventure exceptionnelle : celle d’un objet quotidien apparemment immuable qui se trouve soudain réinventé. La dernière fois qu’un tel événement s’est produit, c’était la naissance du livre au format de poche, il y a plus de 60 ans. C’est un livre, indiscutablement, et pourtant tout est différent. Il nous fera lire ailleurs, autrement, plus. Son originalité a la force de l’évidence, et passée la première surprise, il s’invite dans notre quotidien, s’impose sans qu’on y pense. C’est une réponse à la question que personne ne pose : à l’heure où le format numérique anime tous les débats, le livre en papier peut-il être amélioré, repensé, transformé ?» ( source : http://www.editionspoint2.com/multimedia/File/presse/Point2communiquedePresse.pdf)

L’éditrice cherche à conserver l’habitus culturalisé du livre tout en lui ajoutant le lustre du High-Tech. On retrouve chez « Point Deux » cette relation paradoxale, propre à la période de transition médiatique qui est la notre : entre conservation de la figure du livre et désir « révolutionnaire » par le recours à la culture numérique : « Avec Point Deux, le papier n’a pas dit son dernier mot ! » conclu le communiqué de presse. Il s’agit de conserver le public habitué au livre de poche tout en conquérant les digital natives.


Après Calaméo et les Vooks, notre recherche du livre hybride continue. « Point Deux » ne propose pas tant un livre hybride qu’un livre inspiré d’une culture hybride, une culture en mutation. « L’alternative » qu’elle propose est loin d’être aussi révolutionnaire qu’elle l’énonce ; toutefois, ce nouveau format peut s’avérer agréable à l’usage pour les lecteurs nomades.